Santé psychologique

Courrier du cœur: Capitaine, Oh Capitaine!

8 décembre 2015

Je suis gestionnaire d’un petit établissement gouvernemental. Nous avons vécu plusieurs changements dans les derniers mois, en plus des contraintes budgétaires. Je dois non seulement m’assurer qu’un certain rendement est atteint, mais je dois également veiller au bien-être de mes employés. J’avoue que moi aussi, je suis à bout de souffle. Comment faire pour maintenir la tête hors de l’eau ?

– Un gestionnaire épuisé

Cher gestionnaire épuisé,
Votre situation semble effectivement comporter son lot de défis, ce avec quoi je compatis. Les coupures budgétaires et les restructurations qui en suivent affectent effectivement les équipes de travail, dont vous faites partie. Sans manquer de considération pour ce que vivent vos employés, ce qui m’interpelle en premier lieu dans votre message, c’est votre état.

De par leurs fonctions, les gestionnaires vivent parfois des tensions de rôles. Comme vous l’avez très bien relevé, ils sont imputables du rendement et des opérations. Et en même temps, ils ont un impact considérable sur la qualité de vie au travail et la santé psychologique de leur troupe. En effet, les gestionnaires peuvent agir sur les facteurs de risques à la santé psychologique auxquels sont exposés les employés dans le cadre de leur travail (St-Hilaire, 2012). Par exemple, ils peuvent clarifier les mandats, offrir des opportunités développement professionnel ou ajuster la charge de travail.

Il ne faut toutefois pas oublier que les gestionnaires sont eux-mêmes plus à risque que d’autres de vivre du stress au travail (Crompton, 2011; Khireddine et al., 2015). Et si les préjugés face à la santé mentale au travail ont diminué, il en subsiste encore, spécialement pour les gestionnaires. Pour plusieurs, un capitaine ne saurait abandonner son navire! Et admettre que ça ne va pas est parfois perçu comme une désertion morale. On se dit que cela fait partie du rôle du gestionnaire de faire face aux intempéries. Mais selon moi, un bon capitaine sait aussi reconnaître quand son état de santé rend la navigation difficile. Un engagement au travail élevé combiné à un sens aigu des responsabilités amènent bon nombre de gestionnaires à s’échouer au plan de la santé mentale. Or, personne n’y gagne au change. Certaines limites doivent être posées.

C’est donc tout à votre honneur de reconnaître votre sentiment d’épuisement et de demander de l’aide.

Je vous suggère de trouver les ressources qui vous permettent de mieux transiger avec vos tâches de gestion, tout en vous occupant de votre santé. Et des ressources, il y en a!

Vous pouvez faire appel à votre programme d’aide aux employés (PAE), aussi appelé le programme d’aide aux personnes (PAP). Bien souvent, le département des ressources humaines de votre ministère / organisme peut vous fournir les coordonnées du PAE / PAP. C’est d’ailleurs une bonne occasion de les faire connaître aux employés. Je vous rappelle que les services offerts par le PAE sont confidentiels et gratuits. Leurs professionnels peuvent vous aider pour plusieurs types de difficultés, tant personnelles que professionnelles. De plus, plusieurs PAE / PAP offrent du support et de l’accompagnement aux gestionnaires, par exemple, lors de retour au travail d’employés suite à une absence prolongée.

Outre le PAE / PAP, l’ordre des psychologues du Québec propose de vous accompagner dans la recherche d’un psychologue. Vous pouvez contacter au 1-800-561-1223 ou via leur site web .

Les conseillers en ressources humaines de votre ministère ou organisme sont également en mesure de vous soutenir dans la réalisation de vos tâches. Que ce soit en vous offrant des opportunités de formations, du coaching de gestion ou des conseils.

Il s’agit surtout de ne pas hésiter à aller chercher de l’aide lorsque c’est nécessaire!

En parallèle, il sera important de réfléchir à des moyens de prévention des problèmes de santé psychologique au travail. En effet, considérant les changements organisationnels en cours, ce que vos employés vous rapportent et ce que vous-même vous vivez, fort à parier que votre équipe et vous êtes exposés à des risques psychosociaux (RPS). Ces derniers désignent l’ensemble des facteurs organisationnels et relationnels au travail qui peuvent avoir un impact sur la santé. Pour bien identifier ces risques et établir un plan d’action en conséquence, n’hésitez pas à vous faire aider du comité de santé et de sécurité du travail (CSS). Ce dernier possède une lecture du milieu de travail souvent très pertinente et vous ne serez pas seul à ramer dans vos efforts de prévention. De plus, les actions préventives gagneront en crédibilité puisqu’elles seront déterminées de façon paritaire et viseront l’ensemble des travailleurs. D’autre part, vous pourriez contacter le coordonnateur en santé et sécurité du travail de votre ministère / organisme. Ce dernier peut vous épauler dans l’identification des risques, vous guider dans votre rôle en prévention et vous fournir de la documentation pertinente.

Je vous encourage donc dans l’élan qui vous a amené à m’écrire. Comme dirait ma mère, « ouvrage commencé est à moitié terminé ». Vous avez déjà franchi une étape importante, soit la reconnaissance de ce qui vous habite et des difficultés auxquelles est confrontée votre équipe. Je vous incite à maintenir le cap et à continuer de poser les actions qui s’imposent pour prendre soin de vous et de votre équipe.

Bonne continuité,
Annie

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auteur

Annie Drouin

Conseillère en prévention et B.Sc. ergothérapie

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Les coordonnateurs en santé et sécurité du travail

Le coordonnateur en santé et sécurité du travail est le spécialiste en santé et sécurité du travail pour son ministère ou son association accréditée. À titre de représentant ministériel ou syndical, il coordonne le traitement et la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. Concrètement, il est amené à planifier les actions ministérielles ou syndicales, à former, informer, soutenir et conseiller les gestionnaires et les travailleurs, à participer à la gestion de la santé et de la sécurité dans leur milieu et à siéger dans diverses instances du secteur de l'Administration provinciale. En plus d'être impliqué dans le processus de mise en place des comités de santé et de sécurité, le coordonnateur est le point de soutien pour les membres de ses comités. En cas de divergence au sein d'un comité, il peut faciliter ou accélérer la bonne marche des dossiers.

Les membres des comités de santé et sécurité

Le comité de santé et sécurité est une équipe de travail paritaire qui participe à l'amélioration de l'action en santé et sécurité et dont le but est la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. C'est un mécanisme « de terrain » qui constitue la pierre angulaire en matière de prévention dans un établissement. Plus particulièrement, il prend connaissance du programme de prévention, participe à l'identification et à l'évaluation des risques, tient des registres d'accidents, transmet les informations requises à la CSST, reçoit les avis d'accidents et enquête sur ceux-ci, reçoit les suggestions et les plaintes des travailleurs et procède aux inspections des lieux de travail. En plus, il choisit le médecin responsable, approuve le programme de santé, établit les programmes de formation et d'information des travailleurs en matière de santé et de sécurité et sélectionne les moyens et les équipements de protection individuels.

Les représentants à la prévention

De façon générale, le choix du représentant à la prévention se fait par les membres travailleurs du comité de santé et de sécurité. Pour être à même de contribuer significativement au respect des droits reconnus aux travailleurs par la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST), le représentant à la prévention a pour rôles d'identifier les risques et formuler des recommandations afin de les corriger ou de les prévenir, d'assister les travailleurs de manière à leur accorder le support nécessaire en prévention et à les représenter auprès de différents intervenants. Prévu dans la loi, le représentant à la prévention est amené à inspecter les lieux de travail, à recevoir les avis d'accidents et à enquêter sur ceux-ci, à identifier les situations dangereuses, à faire les recommandations qu'il juge opportunes, à assister les travailleurs dans l'exercice de leurs droits, à accompagner l'inspecteur de la CSST, à intervenir dans le cadre du droit de refus, à porter plainte à la CSST et à participer à l'évaluation et l'identification des postes de travail, des contaminants et des matières dangereuses.

Les travailleurs

Le travailleur est une personne qui exécute, en vertu d'un contrat, un travail pour un employeur. Sa santé, sa sécurité et son intégrité physique sont assurés grâce à des droits, mais aussi à des obligations, qui sont énumérées dans la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST). Le travailleur a donc droit à des conditions qui respectent sa santé, sa sécurité et son intégrité physique, à une formation, un entraînement et une supervision appropriés pour accomplir son travail de façon sécuritaire et à de l'information sur la nature des risques présents dans son milieu de travail. Il doit aussi prendre connaissance du programme de prévention de l'employeur, veiller à ne pas mettre en danger sa santé, sa sécurité, son intégrité physique et celles des autres, se soumettre aux examens de santé exigés, participer à l'identification et à l'élimination des risques et collaborer avec le comité de santé et de sécurité.

Les gestionnaires

Le gestionnaire à la responsabilité de mettre en place, dans son établissement, diverses mesures concrètes pour prévenir les accidents du travail et les maladies professionnelles. Il est amené à se conformer à la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST), au règlement sur la santé et la sécurité au travail (RSST) et au code de sécurité sur les chantiers de construction (CSCC). Il doit également tenir compte de la politique concernant la santé des personnes au travail dans la fonction publique québécoise ainsi que de la politique ministérielle propre à chaque ministère et organisme qui établit des responsabilités aux différents paliers hiérarchiques et des attentes signifiées en matière de prévention. Concrètement, il doit élaborer un programme de prévention et le maintenir à jour, identifier et évaluer les risques dans les postes de travail et répondre aux exigences du système d'information sur les matières dangereuses utilisées au travail (SIMDUT).

Les personnes-ressources en adaptation de poste de travail

La personne-ressource en adaptation de poste de travail a pour rôle d'accompagner rapidement et efficacement l'ensemble des travailleurs et des gestionnaires de son établissement dans l'évaluation et l'adaptation de leur poste de travail de bureau. La personne-ressource est amené, entre autres, à promouvoir l'utilisation d'Adapte auprès de ses collègues, à répondre à leurs questions, à évaluer et adapter le poste de travail des nouveaux employés et à faire des recommandations à son gestionnaire concernant notamment l'achat de matériel et d'équipement ergonomiques. Dans le cas où la personne-ressource n'est pas en mesure de régler une situation ou d'adapter adéquatement un poste de travail, elle peut solliciter l'aide d'un conseiller de l'APSSAP ou tout simplement référer le cas à l'intervenant désigné dans la structure de mise en place dans son organisation.

Les membres des équipes d'intervention en violence

L'équipe d'intervention en violence est un groupe composé de trois personnes dont l'action est organisée en fonction d'une stratégie adaptée à la situation pour laquelle elle sera sollicitée. Les membres de l'équipe doivent être volontaires, intéressés, représentatifs à la fois de l'employeur et des travailleurs et choisies en fonction des particularités de l'organisation. Idéalement, les membres de l'équipe d'intervention possèdent certaines habiletés de communication, se sentent confiants dans leur rôle et sont capables de garder un bon contrôle de leurs émotions. Ils doivent connaître le programme de mesures préventives en vigueur dans l'établissement et avoir l'intérêt à le mettre en œuvre. Le choix des membres ne devrait surtout pas reposer sur des critères physiques particuliers comme le sexe de la personne, la taille ou le poids.